Les Crees, mes amis

Les habitudes de vie des Crees, Cris (manieres differentes de l'écrire!)

Notre histoire
Les Cris, comme d'autres peuples autochtones du Nord, font partie des rares sociétés à avoir encore des liens étroits avec la terre. Ces liens se sont établis sur une période de plus de 5 000 ans, au cours de laquelle nous avons montré nos talents de gestionnaires des ressources de la terre.
Nous nous sommes en mëme temps donné un mode de vie en harmonie avec les rigueurs du pays. Vivant en petits groupes nomades pour la chasse, nos similitudes de langue, de culture et de techniques nous ont unis. Dès les débuts, les contacts sociaux et commerciaux - allant parfois jusqu'au SaintLaurent et à la Nouvelle-Angleterre - nous ont reliés aux autres groupes cris et méme à des peuples encore plus éloignés·. Létablissement en 1670 de la Compagnie de la Baie d'Hudson à la Baie James donna au commerce cri un accès direct au marché européen.
L'année 1971 vit l'annonce des projets de barrages sur les rivières de nos territoires de chasse traditionnels. Les procès et les négociations qui s'ensuivirent s'achevèrent avec la signature en 1975 de la Convention de la Baie James et du Nord québécois, traité historique reconnaissant à de nombreux égards le contrôle politique qu'exerçait la nation crie dans son territoire avant l'arrivée des Européens. Les modifications apportées en 1982 à la constitution canadienne garantissaient à ce traité une protection constitutionnelle.
Ladoption en 1984 de la Loi sur les Cris et les Naskapis, loi fédérale spéciale sur l'administration locale pour les Cris du Québec, mit fin à notre bataille jüridique pou la reconnaissance de nos droits à l'autodétermination et à l'autonomie gouvernementale. Nous ne demandons plus la reconnaissance et la protection de ces droits, nous les exerçons.
L'optimisme et l'esprit d'initiative qui en ont résulté contrastent vivement avec le passé, où les gouvernements refusaient à notre peuple la maitrise de son propre avenir. Nous n'avions ni la formation ni les ressources voulues pour négocier d'égal à égal. Ne nous laissons toutefois pas aveugler par nôs récents succès car il y a beaucoup à faire encore. Pour réussir notre autonomie politique, nous devons faire ce que nos ancêtres ont toujours fait, nous préparer.
Les Cris, parlant d'eux-mëmes, emploient la désignation qui signifie nous sommes des chasseurs. Cette désignation exprime non seulement l'acte de chasser mais également l'ensemble de notre mode de vie: nos valeurs, nos aspirations et nos activités. Nous sommes convaincus depuis toujours qu'une bonne préparation est indispensable à la réussite de tous ces aspects. Le succès de notre autonomie gouvernementale repose également sur ce principe de base de notre mode de vie que constitue la préparation. Les rëves généreux et magnifiques sont bien beaux, mais encore faut-il les réaliser.
Nous pêchons
Le poisson joue un rôle de premier plan dans notre alimentation toute l'année. II nous permet de vivre lors du piégeage des animaux à fourrure, et lors des périodes de pénurie de gibier, il a souvent été notre seule nourriture. Notre société a donc été fortement ébranlée en apprenant que les lacs et les rivières dont elle tire son alimentation étaient contaminés par le mercure. Le développement hydroélectrique a encore aggravé le problème.
Notre approche responsable dans le prélèvement des ressources explique pourquoi aucune des espèces que nous chassons, pêchons ou piégeons n'est en voie de disparition. L'exploitation des forëts, par contre, menace l'habitat des animaux dans nos territoires de chasse. Nous essayons de protéger ce qui reste. En tant que responsables de ressources renouvelables, nous préconisons un développement rationel.
Grâce à cette attitude, la vie animale sera toujours présente dans nos forêts.

Nous piegeons
Reconnus comme producteurs de fourrures de qualité, nos chasseurs participent à un ensemble complexe d'activités produisant entre autres nourriture, matières premières et argent liquide. La valeur de la nourriture que nous obtenons est de loin supérieure à celle de la fourrure. En outre, son goüt et sa valeur nutritive sont exceptionnels. Les revenus engendrés par la vente des fourrures revëtent également une importance capitale.
Dans une région caractérisée par un taux de chômage élevé, la protection de la vie en forët n'a rien de sentimental mais constitue un choix que nous devons inévitablement faire. Sans elle nous disparaïtrions, car elle représente l'une des rares sources de revenus dont disposent un grand nombre de familles Cries.

Nous vivons
Les Cris du nord du Québec habitent une région délimitée par les lacs et les rivières qui se jettent dans la baie James. Nombreux sont ceux qui considèrent nos terres et notre climat désolés et inhospitaliers. Et pourtant nos terres sont riches en poissons, en oiseaux, en gibier et en animaux à fourrure. Notre région est constîtuée d`un réseau de neuf communautés cries et de territoires de chasse. La partie méridionale de notre territoire est sillonnée de routes et de voies ferréés résultant de l'expansion industrielle, en particulier dans les domaines forestiers et miniers. Des centres habités par les Blancs ont vu le jour sous l'impulsion de cette expansion.

Nous partageons
Le partage est l'une des grandes règles morales des Cris. Tant que la terre nous fait vivre, nous partageons avec les étrangers, les amis et la famille. Le partage exïge toutefois de voir à long terme et nous devons donc nous occuper de nos gens, de notre terre et de ses animaux pour le bënéfice des enfants de nos enfants. Entre temps, la nourriture que nous donne la nature est la plus nourrissante et la plus essentielle de toutes et parvient à chacun de nous grâce à un réseau de partage complexe. Nos chasseurs reçoivent en échange de ce qu'ils apportent du matériel de chasse, des vétements et autres articles ïndispensables.
En partageant la terre avec les animaux, nos ancëtres nous ont appris la nécessité de préserver l'équilibre entre l'homme et les autres ëtres vivants. Même si l'homme disparaissait, la mortalité et la souffrance seraient encore présentes chez les animaux: la surpopulation, la famine et la maladie feraient des ravages car la nature laissée à elle-même est parfois cruelle.

Nous fetons
la vie cri est jalonné de nombreuses cérémonies et fëtes.
Outre les mariages, Noël, Pâques et I Action de Grâces, les fëtes typiquement cries conservent toute leur importance. L'amour et la joie que suscite une naissance donnent lieu à la cérémonie des premiers pas, initiation symbolique du nouveau-né à son futur rôle de chasseur.
Un festin spécial exprime la joie ressentie à l'occasion du premier succès de chasse de l'enfant. Lanimal qu'il a tué constitue le plat principal de la fëte. La première prise de la saison ainsi que toutes les bonnes chasses font l'objet de festins au cours desquels nous remercions la nature de sa générosité.
Enfin, une nouvelle fëte a été ajoutée au calendrier cri. Le 11 novembre est désormais férié, pour marquer l'anniversaire de la signature de la Convention de la Baie James et du Nord québécois.
Nous construisons
Nous construisons notre nation. Au cours des dix dernières années, nous avons mis en place des structures de gouvernement local, construit des maisons, des routes, des systèmes d'aqueduc et d'égouts, et crëë une commission scolaire régionale, un conseil de la santé et une magistrature.
Comme la plupart des petites communautés nordiques, nous devons aussi nous préoccuper de la base économique de notre développement futur. II sera absolument crucial, d'autant plus que le travail est si rare dans nos régions, de protéger notre économie traditionnelle. Avec une population en pleine croissance et des territoires qui diminuent en raison du développement hydroélectrique et forestier, nous devons créer des emplois dans d'autres secteurs.
Des entreprises cries locales et régionales, dont une société aérienne, ont donc été mises sur pied. Nous sommes convaincus que le développement économique de la région dans son ensemble doit tenir compte des priorités cries et nous impliquer comme partenaires égaux. Entretemps, l'essor et les argents engendrés par les activités cries ont fortement stimulé la santé économique des villages blancs de notre région.

Nous chassons
Le système de valeurs du chasseur cri, dénué de toute notion de gain, ne ressemble guère â celui du citadin. Nous considérons nos rapports avec les animaux comme étant d'ordre spirituel, et nous les respectons comme des frères. Nous croyons que les animaux et l'homme ont été mis sur terre pour s'entraider. Les animaux nous donnent notre nourriture et en échange nous nous occupons de la terre et pratiquons la chasse de manière contrôlée.
Chaque jour nous rappelle l'importance des animaux. Nous avons souffert de famine quand les animaux ont disparu et cette leçon nous revient en mémoire chaque fois que nous chassons. C'est pourquoi nous protégeons les animaux depuis toujours. Cette attitude reste présente malgré les nouvelles techniques que nous avons incorporées à nos activités et qui nous rendent la vie dans la nature plus facile et moins dangereuse. Elle est à la base de l'appui que nous accordons aux efforts entrepris pour promouvoir et améliorer des méthodes de piégeage plus humaines grâce à des recherches scientifiques sur les pièges.

Nous protegeons
La lutte ne nous est pas étrangère. Depuis des millénaires, nos activités se sont ajustées à la rudesse de notre environnement. Aujourd'hui, la différence rëside dans le fait que cette lutte doit étre menée sur plusieurs fronts à la fois. En effet, bien que le droit des Cris à l'autonomie politique soit désormais reconnu par la loi, nombreux sont ceux qui encore s'efforcent de le bloquer, de l'affaiblir ou de le refuser.
De plus, nos efforts de développement de notre économie traditionnelle sont menacés par les défenseurs des droits des animaux, les chasseurs sportifs et l'accélération de l'industrialisation. Cette économie traditionnelle est indis~pensable à la vitalité de nos communautës et sa destruction serait catastrophique.
Nous nous élevons aussi contre le nonrespect des droits des communautés autochtones dans le reste du Canada et du monde. Nous menons, par conséquent, notre lutte au niveau international, national, provincial et régional.

Nous respectons
La base mëme de notre existence est le respect. Nos ancétres nous ont appris l'amour et la défense de la terre qu'ils nous ont léguée. Nous aimons.et respectons tous les animaux comme des fréres. Nous aimons notre vie dans la forët et nous la protégeons car nous savons qu'elle est indispensable à la survie de nos communautés et de notre culture.
Nous sommes aussi fort inquiets pour nos jeunes, qui grandissent dans un monde où les choix sont aussi nombreux que complexes. Nous honorons par ailleurs nos aînés, qui nous ont inculqué les valeurs et la volonté nécessaires pour créer un monde meilleur.
Nous n'oublions cependant pas le monde qui nous entoure. Nous sommes conscients en effet que nous vivons ensemble et que la collaboration est la condition essentielle à la prospérité et à la croissance.
Comme tous les autres peuples, nous voulons vivre chez nous en paix. Nous demanc!~ns tout simplement le respect de notre droit à ëtre maitres de notre avenir.

Nous apprenons
Autrefois, nous apprenions à vivre de la nature. Nous devons aujourd'hui créer une société alliant notre économie traditionnelle aux compétences politiques, administratives et techniques nécessaires à l'autodétermination et ~ l'autonomie politique des Cris. Désireux de survivre dans un environnement aussi rigoureux, le chasseur acquiert des compétences variées, notamment une connaissance détaillée des écosystèmes, de la biologie de la faune ainsi que de la gestion et de la conservation de la nature. II apprend ~ ne compter que sur lui-mëme.
L'autosuffisance est aussi la condition indispensable à l'autonomie politique. Projetés dans l'arène politique afin d'obtenir la reconnaissance de leurs droits, les Cris ont su affiner leur compétence politique. Les compétences administratives et techniques sont en voie d'acquisition. La tâche est considérable si l'on songe que la première génération d'enfants cris à bénéficier d'une scolarisation avancée est entrée à l'école dans les années 60.



Article ajouté le 2007-10-29 , consulté 39 fois

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