LA TERRE DES PEAUX ROUGES

 LA TERRE DES PEAUX ROUGES

Relevé du documentaire de Jean-Claude Lubtchansky (2001) diffusé sur Arté

 «  dans les temps anciens, cette grande île appartenait à nos ancêtres ;Le Grand Esprit l’avait créée pour ses enfants rouges car il les aimaient »

 2000 tribus indépendantes, parlaient plus de 500 langues différentes, vivaient dispersées sur le continent nord américain. Chasseurs, pêcheurs ou agriculteurs, nomades ou sédentaires, ils n’utilisaient pas la roue, le métal et l’écriture, mais tous avaient une connaissance profonde de la nature ; Entre-eux, il s’appelaient « les hommes véritables ».

«  tous les animaux sont nos frères, nous partageons avec eux notre immense territoire » « Les anciens ont gravé des motif s sacrés qui nous unissent aux esprits et aux forces de l’univers »

            à l’origine qui a peuplé l’Amérique ? des chasseurs venus du nord est de l’Asie, il y a plus de 30 000 ans parle détroit de Béring ou des nomades partis d’Europe pendant la préhistoire ? Pour les indiens, la question ne se pose pas !leur mythe fondateur les enracine dans cette terre de toute éternité.

« la terre est notre corps, notre esprit vient du soleil et notre pensée est une étincelle du soleil . Comme le soleil et la lune, les pierres sacrées sont rondes, la création agit selon des cycles et toutes choses rondes ont un lien entres-elles ; tout ce que nous faisons est inscrit dans un cercle, nos tipis sont ronds et disposés en cercle, le sol nous relie à notre mère la terre, les mats se tournent vers notre créateur ; Ces terres sont sacrées, elles sont la poussière du sang, de la chair et des os de nos ancêtres, les immenses rochers sont des lieux de prières »

            Sur ces terres spectaculaires au carrefour actuel de l’ Arizona, Nouveau-Mexique, Colorado et Utah, se trouvent les vestiges de la civilisation des indiens Anasazis qui remonte au début de notre ère. C’était de remarquables bâtisseurs dans l’ancienne cité de « Chacco-canyon » ; Les structures circulaires, les kivas, sont des chambres cérémoniales souterraines. Le grand nombre de kivas témoigne de l’importante vie sociale et spirituelle de la communauté à cette époque. Les anasazis devaient creuser la montagne, ils avaient édifié de véritables forteresses dans les falaises de Mesa Verde et de Canyon- de chais ; Pour des raisons encore inconnues, ces cités furent désertées au XIIIème siècle.

« nous ne connaissons pas notre histoire, mais nous la voyons s’accomplir sur la face de la terre depuis le commencement des temps ; nous ne connaissons pas le sens de l’histoire, mais nous savons qu’elle a un sens et que ce sens nous concerne, le secret est profondément mystérieux et notre foi n’en est pas moins profonde »

            Les héritiers des anasazis descendent toujours dans les kivas ces lieux secrets de recueillement, de purification. De nombreux mythes partagés par différentes tribus du sud-ouest racontent comment les créatures et l’humanité toute entière auraient émergés des profondeurs de la terre :par un orifice situé au plafond d’un du dernier des mondes souterrains.

« la terre a un chant, elle porte les sons de l’Univers ; Chaque créature a un chant, chaque plante a un chant » « je suis en accord avec la terre, je suis en accord avec les esprits, je suis en accord avec les dieux, je suis en accord avec tout ce qui est beau, je suis en accord avec toi, je suis vivant, je suis vivant ! » « l’aigle est proche du créateur, messager du soleil, il prend son envol de très haut dans les airs, il appartient à toutes les tribus, libre entre tous, il apporte la pureté et la paix » « un très mauvais jour s’est levé sur nous quand les hommes blancs ont traversé la grande mer. Lorsqu’ils ont débarqués sur notre île, ils ont cru qu’elle était déserte, nous étions cachés dans la forêt ; Au début ces étrangers barbus étaient peu nombreux, ils ont trouvé des mais et non des ennemis »

            Au XVIème siècle, à l’est du Canada, un premier troc s’instaure avec les trappeurs français avides de fourrures.

« l’homme blanc prétendait avoir découvert nos terres, la nouvelle franchit la mer et ils furent de plus en plus nombreux à arriver ; Ils nous appelaient « frères », ils nous racontaient qu’ils avaient fui leur pays pour pouvoir vivre selon les règles de leur religion, car ils craignaient des hommes méchants ; Ils se sont installés parmis nous, nous leur avons donné de la viande et montré nos meilleurs endroits de pêche, nous leur avons donné des semences qu’ils ne connaissaient pas. »

            à la même époque, au milieu du XVIème siècle, les tribus du sud sont saisies d’émerveillement en voyant arriver ces hommes de fer, chevauchant ces  grands chiens mystérieux.

A la recherche de la cité de l’or, les conquistadors espagnols traversent les steppes immenses, en échange de nourriture, les indiens obtiennent leur premiers chevaux et armes à feu. Les soldats ont la surprise de découvrir de paisibles villages d’agriculteurs qui ressemblent aux leurs, en Espagne.

Dans ces terres arides du sud-ouest, les pueblos, en particuliers ceux des indiens Hopis, célèbrent l’arrivée de l’eau vivifiante ;

« mère serpent, ne te fâche pas, je rends grâce de t’avoir trouvée… quand les serpents sont contents de la manière dont on les traite, ils restent calmes et apportent la pluie en récompense ; » «  Nous dansons pour nous changer nous-même, nous incarnons les êtres surnaturels, les kachinas, pour rentrer en contact avec les dieux. Nous fabriquons des poupées kachinas pour familiariser nos enfants avec les nombreux esprits protecteurs des foyers et des récoltes »

            Pour coloniser les pueblos, les espagnols exploitent et maltraitent les indigènes, essaiment des épidémies et provoquent la révolte des populations.

Au XVIIème siècle, tout le nord-est du continent bascule dans la guerre, les puissance anglaises et françaises s’allient les tribus rivales iroquois et hurons pour se livrer à une guerre sans merci, les embuscades sont d’une violence et d’une cruauté extrême, des atrocités sont commises des deux cotés. Des luttes fratricides conduisent à la disparition de tribus entières.

 L’incompréhension est totale entre la coutume indienne et les missionnaires pour qui « civilisés » veut dire « christianisés ». Pour les Jésuites les indiens sont des démons venus tout droit de l’enfer, tous leurs actes sont dictés directement parle diable qui s’adresse à eux par des visions qu’ils tiennent en grand respect. Ces sauvages considèrent le rêve comme le maître de leur existence… c’est le dieu du pays !

Les indiens n’ont aucune notion de la propriété privée et de la valeur de l’argent, les colons français, hollandais, anglais et allemands s’emparent facilement de leur terre, ils leur font signer des simulacres d’actes de cessions et des traités qu’ils ne respectent rarement.

Les hommes blancs nous prennent de plus en plus de terre, en échange ils nous donnent des bâtons de feu, le poison des boissons fortes et des terribles maladies. Maintenant que nous avons ouvert les yeux ,notre esprit est devenu inquiet »

            Les colons ont souvent recours aux médecines des chamans, de nombreux européens adoptent les mœurs indiennes, des squaws deviennent épouses, servantes ou maîtresses.

            Tout au long du XVIII ème siècle, les guerres n’empêchent pas les nouvelles colonisations à l’est du continent. En 1776, les anglais proclament leur indépendance vis à vis de la couronne britannique. Georges Washington, premier président des Etats Unis déclare « considérant que ce pays est assez grand pour nous contenir tous, nous sommes disposés à faire commerce et à lier d’amitié avec les indiens. Nous décidons de tracer une frontière entre eux et nous, au delà de laquelle nous nous efforcerons d’empêcher nos citoyens de chasser où de s’établir , les tribus qui refusent de s’intégrer devront s’exiler et refluer à l’ouest du Mississipi, la nouvelle frontière entre les peuples civilisés et les sauvages nomades . Le gouvernement leur garanti ces terres nouvelles tant que l’herbe poussera et que les fleuves couleront »

            Ces terres nouvelles, le gouvernement de la jeune Amérique les achète en 1803 à Napoléon qui vient de les confisquer à l’Espagne. Cette avantageuse acquisition permet de doubler la superficie des Etats Unis. Seuls quelques intrépides trappeurs s’étaient aventurés dans ces contrées inconnues au centre du grand continent. La barrière de montagnes, jugée infranchissables était réputée être le royaume des esprits des morts ;

Dans les grandes plaines différents peuples se sont progressivement installés après avoir été refoulés par les vagues successives de la colonisation.

Echappés au moment de la grande conquête, des chevaux espagnols ont été capturés et dressés par des Comanches au cours des deux derniers siècles.. L’introduction du cheval a bouleversé la vie des plaines, des cultivateurs sédentaires deviennent nomades et vivent exclusivement de la chasse.

En 1804, deux officiers américains, Lewis et Clark, sont chargés par leur gouvernement d’explorer les nouveaux territoires de l’ouest sauvage, ils ont pour mission de traverser les montagnes rocheuses et d’atteindre l’océan Pacifique ;

« nous pénétrons dans un pays resté caché et inconnu depuis le commencement des temps et où le pied de l’homme civilisé ne s’est jamais posé. Nous avons rencontré un groupe de guerriers, montés sur d’excellents chevaux, notre guide leur a expliqué que nous étions en route vers les grandes eaux où le soleil se couche. Ils nous ont invités sous leur tente, nos hôtes sont resté un moment silencieux, leur chef a pointé sa pipe vers les quatre directions de l’espace »

« nous interprétons les présages, les visions et les signes, nos rituels de chasse et de guerre, de danse, nous relient à  toute la communauté. Nous n’avons pas d’école, mais nous apprenons à nos enfants le respect de la nature et d’autrui, la vigilance, le courage et l’endurance. Dans la hutte de sudation, le feu est comme celui qui brûle en nous, en rampant à l’intérieur, nous retournons dans le ventre de notre mère pour une nouvelle naissance »

« nous leur avons fait cadeau de médailles et de drapeaux de la part de leur grand et généreux père américain. Malgré leur pauvreté extrême, les indiens sont heureux, leurs chefs ont la curieuse coutume d’honorer leur invités en leur offrant une très belle squaw… Nous contemplons avec un grand étonnement le spectacle majestueux de la nature. Affamés et en proie à tous les maux d’une expédition épuisante, nous ne devons notre salut qu’à la générosité d’indiens compatissants. Après deux ans de voyage, nous atteignons enfin l’océan Pacifique »

Sur la côte nord-ouest, Lewis et Clark découvrent des tribus très différentes, un peuple de marins et de commerçants

« ici, on mesure la fortune d’un homme à ce qu’il donne et non pas à ce qu’il possède ; Nos chefs organisent des  « potlac », des cérémonies où ils font preuve de leur générosité dans une surenchère de cadeaux dont profite toute la communauté » « lorsque avec  l’aigle, le corbeau arrive sur notre île, il se posa sur un rocher où un grand nombre d’êtres surnaturels se reposaient. Le corbeau a fabriqué notre monde  matériel, c’est un débrouillard qui sait se procurer toutes sortes de choses.  Avec le cèdre que nous appelons l’arbre de vie, nous façonnons des totems et des masques, nous honorons nos clans qui descendent du corbeau ou de l’aigle, nous continuons à faire vivre nos ancêtres dans le présent. Les totems nous rappellent les temps anciens, lorsqu’il n’existait pas de frontière entre le monde et les hommes. Un homme véritable pouvait facilement changer de nature et devenir animal ou esprit »

Les récits de Lewis et Clark révèlent les ressources fabuleuses de ce continent mystérieux, un véritable paradis agricole, une terre promise. Dans les années qui suivent, d’autres explorateurs décrivent au contraire , d’effrayants déserts stériles où toutes civilisation serait impossible.

 1840-devant l’afflux de millions d’émigrants, le mot d’ordre est  « go west »

« quand le père vénérable de Washington nous a envoyé son chef soldat, il nous a demandé un passage à travers nos territoires de chasse, une route pour aller vers la mer de l’ouest ;Il nous a dit qu’il ne voulait pas s’arrêter. En signe d’amitié et de bonne volonté, nous avons laissé ce dangereux serpent se glisser parmis nous .Mais nous avons entendu le son de la hache, ils ont construits des forts, leur  présence est une insulte et une menace »

En1848, c’est la ruée vers l’or, les aventuriers abandonnent tout et se lancent à travers le continent, vers ce nouvel eldorado, en Californie. Pour assurer la sécurité des convois, les agents gouvernementaux cherchent à acheter des terres aux tribus nomades.

«  rien ne peut être vendu, à l’exception de ce que l’on peut emporter avec soi, cette terre, nous ne pouvons pas la vendre, car elle ne nous appartient pas, nous ne pouvons pas vendre la vie des animaux et des hommes ; pourquoi ne pas vendre l’air et la mer immense ? » «quand le cheval de fer crachant des flammes est venu sur la piste d’acier effrayer nos bisons, nous avons tout fait pour obliger ce monstre à ne plus brûler l’herbe ,nous l’avons assailli pour le capturer au lasso mais il a cassé la corde et continué sur la piste ; Complice des blancs, le monstre en amène de plus en plus, avec plein de soldats qui attaquent nos frères et détruisent nos campements .

Le  temps est venu de la guerre incessante, nos grands chefs, Red Cloud, Red Horse, Sitting Bull, Géronimo et chef Joseph, nous conduisent sur le chemin de la résistance. Les blancs pullulent et quand on en tue un, on le retrouve multiplié par dix »

La destruction massive des troupeaux de bisons devient l’arme décisive pour anéantir les tribus nomades. Plusieurs dizaines de millions de bêtes sont massacrées.

« les cadavres jonchent nos plaines, les blancs tuent par plaisir et c’est eux qui nous appellent des sauvages… Les loups envahissent nos prairies, plutôt que de mourir de faim, nous préférons mourir au combat »

 Des agents du gouvernement décident de négocier et d’acheter la paix aux indiens.

« les blancs nous ont apporté des papiers, mais nous ne pouvons pas les lire, et nous ont promis qu’ils ne viendraient pas dans nos montagnes sacrées, les Black-Hills. Ils nous ont encore trompés. »

Pour les indiens, l’arrivée de convois militaires chargés d’explorer les Black-Hills, est une profanation de leur sanctuaire, le général Custer qui mène l’expédition est considéré comme le chef d’une bande de voleurs.

« les étrangers nous ont ravi nos terres, les unes après les autres, cupides, ils ont foulé notre territoire pour extraire le métal jaune qui les rend fous. Les Black-hills sont sacrées, jamais nous ne cèderons ! »

Les sioux , sous la direction de Sitting-bull et Crazy-Horse, s’allient aux Cheyennes. Au bord de la rivière Little Big Horn, les tribus se retrouvent pour le plus grand rassemblement de l’histoire des plaines. Sitting-Bull se prépare au combat en accomplissant les rites des chamans, une vision lui apparaît en cours d’une danse du soleil où il se mortifie, il voit la victoire de ses frères.

Le 26 juin 1876, décidé à en finir avec les rebelles qu’il compare à des bêtes féroces, le général Custer attaque leur campement, en moins d’une heure, la coalition indienne supérieure en nombre, anéanti les 285 soldats du régiment. Le général Custer devient le héros et le martyr de la civilisation. Au lendemain de ce véritable massacre, 100 ans après la naissance de la nation américaine, la réaction de l’armée humiliée est impitoyable.

«devant la violence de ces sauvages, nous pouvons maintenant, comme nous y autorise la loi de la guerre, envahir leurs terres et les détruire »

Désormais, les seuls bons indiens sont des indiens morts. De gré ou de force, toutes les tribus rejoignent les zones inhospitalières sous le contrôle de l’armée. Des familles déplacées, dé-sourcées et assistées, privées d’espoir, sont contrainte à l’assimilation.

«  en route vers l’école, nous pensons marcher vers la mort, on nous a  tondu et habillé avec des vestes et des pantalons, une véritable torture. Si le Grand Eprit avait voulu que nous soyons des hommes blancs, c’est ainsi qu’il nous aurait fait. Il nous a fait indiens libres et non indiens des réserves »

Dès la fin du XIXème siècle, des lois permettent de diviser en parcelles et de la vendre aux colons, toujours de plus en plus nombreux ; les bœufs remplacent les bisons et l’élevage, la chasse. Le spectacle de Buffalo-Bill « l’ouest sauvage » fait entrer le couple cow-boy/indien dans la légende.

De retour de 4 ans d’exil au Canada, le vieux chef Sitting-Bull accepte d’être la vedette d’une tournée en Amérique du nord. Ce considérant toujours comme prisonnier de guerre, Sitting-Bull retourne dans sa réserve où il défend inlassablement la dignité et les intérêts des siens. Devenu le symbole de la résistance indienne, il est tué lors de son arrestation  à laquelle tente de s’opposer sa famille, c’est l’émeute, la répression est terrible !

Le 29 décembre 1890, 300 indiens, hommes, femmes et enfants, sont massacrés à Wounded Knee

En quatre siècles depuis l’arrivée des blancs, la population indienne est passée de sept à huit millions, à moins de quatre cent milles, tandis que quinze millions d’immigrants les dépossédaient de leur terre.

«  dans les Black-Hills, alors que nous vivons reclus dans les réserves, les esprits de nos ancêtres ont été à leur tour délogés par les têtes gigantesques, portraits de leurs présidents »



Article ajouté le 2007-10-29 , consulté 77 fois

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